26/06/2006

Lundi 26 juin 2006

White flag
Je résigne.

Samedi, nous avons passé la journée à Montréal. Il faisait beau, il faisait chaud, c'était vraiment cool. Les rues bondées de monde, c'est la fin de semaine de la Fête Nationale, du Grand Prix et de plein d'autres événements. J'avais pas prévu ma journée comme ça, mais c'était vraiment bien. Une suggestion de Monsieur, grandement appréciée. Merci pour la belle journée !! :)

Nous sommes allés diner au Wok Café. On a pris un Général Tao à deux, c'était vraiment bon, je commence à apprécier la nourriture asiatique. Bien sûr, j'ai une large préférence pour le riz et les légumes vapeurs, mais j'apprivoise tranquillement le mélange des goûts sucrés et épicés de cette nourriture. Puis, nous sommes allés se promener sur Ste-Catherine, pour ensuite monter jusqu'au Mont-Royal, puis redescendre au Plateau et revenir sur Ste-Cath, pour aller au cinéma en attendant d'aller sur une terrasse avec des amis.

Une fois sortis du film, nous sommes allés à la Place des Arts tuer le temps. J'appelle mon amie, son chum n'est pas encore revenu de travailler, elle pense qu'il va terminer vers 21h. On attend, on regarde les gens passer, on déconne. On est surtout fatigués, on a pas beaucoup dormi, on est tannés d'attendre. On se met en route vers l'auto. Une autre demi-heure de marche... On a les pieds en feu, j'ai pas mis de bas, j'ai les talons rouges. Finalement, mon amie appelle vers 21h, pour me dire qu'ils seront là dans 1h. Nous sommes crevés et changeons d'idées, on retourne à la maison, il est déjà tard et on ne veut plus être dans un bain de foule.

Bilan de la journée :
Beaucoup de marche
1500 calories
Un autre désastre évité.

Dimanche, je me lève en crise.
Ça commence bien.
Déjà 4 brownies d'avaler et il est même pas 14h.
La balance m'indique 113.
Il fait toujours aussi beau et chaud dehors, alors direction piscine chez mes parents et BBQ pour souper. Encore du bronzage :)

J
e ne veux pas mettre tout ce que j'ai mangé dans la journée, ça fait peur et ça me dégoûte. Mais j'ai passé une adorable journée avec ma famille et mon chum.

Bilan de la journée :
Pas vraiment d'activité physique, sauf un peu de marche
Plus de 6000 calories
Désastre total, estomac rempli toute la journée... et toute la nuit.


Balance ce lundi matin : 116. 
Et ce soir, souper chez belle-maman. Pâté au saumon. J'ai peur. Je désigne alors cette autre journée "journée de crise". Ça valait la peine de me planifier 2 jours-sans-crise pour m'en taper 2-avec-crise par la suite...
Tant pis, je me rattraperai cette semaine.
Pas envie de lutter.
Envie de manger.

20:43 Écrit par RubbaDucky dans Calor-obsession | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

07/06/2006

Relations amoureuses et TCA

L'Amour
Quelque chose de si merveilleux, mais que les TCA peuvent détruire en un claquement de doigts.

Je ressasse de vieux souvenirs.
Parce que je n'ai rien de nouveau à raconter. Je veux reprendre du plus loin que je me souviens mes histoires de coeur et voir comment les TCA ont été impliquées dans ces relations.

Premier amour à 9 ans. Il y a un garçon dans ma classe nommé Simon V. Je ne suis pas spécialement amoureuse folle de lui, mais j'ai tout de même des petits papillons lorsque je suis avec lui. C'est mon meilleur ami garçon et je suis bien avec lui. Il vient souvent jouer à la maison, on s'entend super bien. Fils de militaire, il est parfaitement bilingue. Il a les cheveux noirs, un petit sourire adorable... c'est ce que je me souviens le plus. On a été inséparable jusqu'au jour où un gros de ma classe, mal dans sa peau et toujours propice à dégrader tout le monde pour se remonter lui-même, s'est mis à lui raconter plein de trucs sur moi. Des trucs vraiment pas gentils, du genre que je me masturbe dans la classe, que je suis une lesbienne, que je suis rien qu'une têteuse de prof... Il a fini par avoir raison de Simon et celui-ci s'est mis à me niaiser aussi. J'étais trahie, première déception face à un garçon. Je n'ai pas eu de peine d'amour, car j'étais trop jeune et pas assez entichée de lui, mais ça m'a tout de même fait mal. À l'époque, je n'avais pas encore de TCA.

Puis, deuxième amour à 12 ans. Cette fois-ci, je suis en compétition avec deux de mes amies qui se chamaillent pour avoir l'attention du garçon en question. Je suis vraiment amoureuse cette fois, fantasmant sur notre premier baiser, essayant par tous les moyens d'être avec lui, mais trop gênée pour lui avouer mes sentiments. Ce que j'espère, et qui s'avère vrai, c'est que lui aussi ressent quelque chose pour moi. Or, lui aussi est trop gêné et ne me dis rien. Finalement, après un été ensemble, il déménage et je n'entends plus parler de lui. Première apparition des TCA l'année suivante. Je souffre d'émétophobie, je maigris beaucoup, je me sens seule. Une fois que je vais mieux, je décide de couper mes cheveux courts comme un garçon.

Il faut que je m'explique ici. J'ai toujours eu une drôle de relation avec les garçons. Durant mon enfance, je me tenais plus souvent avec des garçons que des filles. J'aimais les jouets de garçon autant que ceux de filles. Puis, à 12 ans, suite à ma déception amoureuse, je change de perception. Je veux devenir un garçon, je les admire, je veux être comme eux, à défaut d'être avec eux. Je sens que je ne suis pas aussi bien acceptée qu'avant par eux et je crois qu'en leur ressemblant, j'ai plus de chances de retrouver ce lien. Je serai donc 2 ans comme un des leurs, T-Shirt trop grand, bermudas longs, casquette... mais je ne suis pas plus acceptée, car à la base, je suis une fille et je ne réussis pas à tout masquer de ma féminité.

Puis, l'amour de mes 12 ans revient dans les parages vers mes 14 ans. Il reprend contact et cette fois-ci, nous nous avouons nos sentiments. Mon premier chum, à 14 ans. Je change peu de temps après mon style vestimentaire et ma coiffure, optant pour une allure beaucoup plus adéquate, une allure de fille. Un an après le début de la relation, je tombe dans l'anorexie. Je ne sais pas comment expliquer... Est-ce que l'anorexie a un lien avec ma relation amoureuse ? Ou est-elle complètement indépendante ? Je ne saurais dire, mais j'espère que tout ça n'a aucun lien. Le stress d'être dans une relation, de séduire, d'accepter sa féminité, la compétition, le fait de dépendre de quelqu'un... tout ça pourrait être des facteurs qui auraient pu déclencher la maladie.

Quoi qu'il en soit, cette relation a duré 3 ans. Il a passé 2 ans de sa vie à essayer de comprendre, de m'aider, de m'épauler dans la maladie, mais c'était trop gros pour un jeune de son âge. Il se sentait coupable. Je ne lui en veux pas, même si à l'époque oui. Je vois maintenant à quel point c'est une maladie difficile autant pour la personne malade que pour les proches de cette personne. Devoir se battre pour que la malade accepte de manger, la voir se faire si mal, être impuissant devant tout ça, ça ne doit pas être facile. Je n'étais pas pour lui, je refusais tout contact physique, j'étais devenue une loque humaine, c'était invivable. Je n'ai pas eu une grosse peine d'amour. Ça m'a surprise, j'aurais cru être dévastée après une première si longue relation, mais non. J'ai pleuré, oui, mais Ana a vite pris le relais. Pas question de me laisser seule 2 minutes, elle allait s'occuper de moi.

J'ai eu un deuxième chum peu après la rupture. Avec un gars que je connaissais à peine, que je trouvais tout simplement drôle. Il parlait peu et ne semblait pas faire état de ma maigreur. Je me sentais bien avec lui, mais je ne supportais pas qu'il me touche. Je ne mangeais jamais chez lui et partais tôt de chez lui pour pouvoir aller prendre ma collation à la maison. Je n'étais pas très attachée à lui, le connaissant à peine. J'étais sa première blonde à lui aussi, il était un vrai pot de colle. Mais je me suis vite sentie mal dans cette relation. Tout allait trop vite, je ne voulais pas sacrifier mes longues promenades en vélo, mes petites habitudes d'anorexique pour lui. J'ai rompu, 6 mois après le début de la relation. Je commençais le cégep, je commençais à travailler au McDo et je donnais des cours de danse. Je n'avais pas de temps pour lui et je voulais prendre du temps pour moi, pour faire le point et essayer de guérir. Il l'a mal pris. Il n'avait jamais rien compris à mon anorexie et était lui-même un grand dépressif... bref, rien pour m'aider. Je passais mon temps à lui remonter le moral alors que le mien était lui-même au plus bas. Je n'ai pratiquement pleuré... :S

J'ai passé par la suite 2 ans en célibataire endurcie. Je ne sortais pas, je ne rencontrais pas personne, toute sexualité me répugnait. J'ai eu plusieurs petits kicks, mais ça n'aboutissait jamais. Parce que je faisais peur, avec mon petit 75 lbs mouillé. Tout le monde avait peur de me casser, j'étais fragile en apparence. Puis en me sortant de l'anorexie, j'ai retrouvé le goût d'être en couple. Des sentiments enfouis depuis longtemps refirent surface, ma libido se remit à fonctionner normalement et j'étais maintenant en chasse. 

Un garçon se montra dans les parages suite à une sortie entre amies. Je le connaissais depuis le secondaire et je l'avais toujours trouvé fatiguant et stressant, mais il avait grandi, paraissait bien et me plaisait. J'ai jasé un peu avec lui sur MSN, espérant que la relation aille plus loin. Puis, j'appris que son ex vivait encore avec lui... J'ai eu un doute, mais il me rassura que c'était fini, que ça ne dérangeait pas, il était tout simplement resté ami avec elle. Je fis ma naîve et alla passer une soirée chez lui pour écouter des films. Son ex était là, le sourire un peu forcé. Elle nous souhaita une bonne soirée et alla se coucher... dans la pièce juste à côté. Je me sentais vraiment mal. Mais pas mon prétendant. On écouta des films, ça dégénéra, mais je tenais à mes principes. Voyons, je ne pouvais quand même avoir une relation avec lui alors que son ex dormait à moins de 5 mètres de nous ! Cela mit fin à toute chance de me retrouver avec lui. Il ne me parlait que pour me demander de coucher avec moi. Une femme-objet, voilà ce que j'étais maintenant, avec mon corps et ses courbes. Je commençai mes crises d'hyperphagie.

Puis, un de mes amis me fit marcher pendant longtemps, semblant très intéressé par moi, même s'il avait déjà une blonde. Cette aventure m'a fait mal. Je croyais qu'il laisserait tout tomber pour moi, je vivais un amour à sens unique, car lui, tout ce qui l'intéressait, c'était avoir une relation sexuelle avec moi. J'ai failli laisser tout tomber les efforts que j'avais fait pour me sortir de l'anorexie. En reprenant des formes et un corps normal, je redevenais un objet pour les hommes et je me sentais sale. Mais je ne voulais pas baisser les bras après une si longue lutte. Je n'allais pas me laisser détruire par un minable qui ne jouait pas correct avec sa blonde et moi. À la place de retomber dans l'anorexie, je plongeai encore plus profond dans l'hyperphagie, dégoûtée d'être mince et jolie. Je ne voulais plus séduire, c'était un jeu trop dangereux et plus personne de nos jours n'avait d'honneur ou de principes.

Heureusement, 2 mois après, je recontrai mon Monsieur. Un garçon aussi compréhensif, attentif et rempli de belles valeurs, je n'en revenais pas, surtout après les deux connards que je venais de rencontrer. Jamais je ne me suis sentie sale, laide ou objet avec lui. J'avais entièrement confiance en lui. Il m'acceptait comme j'étais, je me sentais tellement légère et soulagée. Les crises continuaient malgré tout, même si j'essayais de les espacer ou de les retenir lorsque j'étais avec lui. J'ai pris 30 lbs pendant que jétais avec lui. Et honnête, il m'avoue aujourd'hui qu'il me trouvait un peu ronde à l'époque, mais que malgré tout, il me trouvait gentille et sympathique et il me laissait ma chance. Et même si je prenais du poids, il n'en a jamais glissé un mot, me disant toujours que j'étais jolie et que lui, il m'aimait.

Jamais je ne le remercierai assez pour m'avoir laissé une chance et surtout, m'avoir ouvert la porte vers la vraie guérison. Pour lui, j'ai décidé de tout laisser tomber les TCA et de tenter de retrouver le plus possible une vie normale. Je ne pouvais pas me permettre de gâcher une relation aussi enrichissante et vraie juste à cause la nourriture. J'avais assez gâché de choses autour de moi, je ne voulais plus faire ça.

Et me voici donc, 2 ans et 3 mois plus tard, avec un poids équilibré, une alimentation plus "normale" et un grand soulagement dans le coeur...


******************
Merci beaucoup beaucoup de m'endurer,
de me supporter et de m'accompagner
dans chaque sphère de ma vie.




Je ne veux jamais te faire mal,
je veux être avec toi pour toujours
parce que c'est seulement avec toi
que je me sens en paix.

Je t'aime fort xxx

20:55 Écrit par RubbaDucky dans Calor-obsession | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

06/06/2006

Incompréhension des TCA

Article très intéressant
Tiré du blog de TCAecatera.
Merci beaucoup pour cet article, je me reconnais tellement à travers chacun de ces points... :|


Parce que nous sommes considérées comme de petites filles modèles, des personnes parfaites, nous devons trouver une façon d'exprimer ce qui se passe à l'intérieur. Voici donc un petit article sur la douance et les TCA... Peut-être les gens "normaux" comprendront-ils un peu plus pourquoi je suis ainsi et pourquoi je réagis ainsi avec la nourriture et mon poids. J'ai ajouté certains commentaires en rose italique.


Douance et troubles alimentaires
Anorexie et boulimie, tendance à l'intellectualisation, perfectionnisme, incapacité de reconnaître ses émotions, refus de grandir... Clichés typiques, largement répandus dans le domaine médical, cette vision classique des troubles du comportement alimentaire (TCA) détermine à l'heure actuelle l'orientation du suivi thérapeutique des jeunes filles qui en souffrent...

Malgré le taux d'échec important des traitements psychologiques existants, les médecins et psychologues semblent persister dans la voie prise depuis de nombreuses années sans penser à envisager la question sous un autre angle... Et si certaines jeunes filles douées « utilisaient » les troubles alimentaires pour répondre à leurs besoins non reconnus (sécurité, reconnaissance, passion, perfection, limites, frustration...) ? Et si elles s'étaient tout simplement fait piéger sur le chemin de leur quête d'identité par ces maladies complexes qui les éloignent un peu plus de leur être véritable ?

1° Affamée de reconnaissance
D'une adolescente anorexique ou boulimique, on dira qu'elle refuse son corps, qu'elle n'accepte pas les changements liés à la puberté, qu'elle a un problème affectif... Elle est en conflit, elle ne s'aime pas ; normal, c'est la crise d'adolescence ! On lui renvoie d'elle une image qui ne lui correspond pas, on l'enferme dans les stéréotypes d'une maladie que même les médecins ont encore du mal à comprendre aujourd'hui... Troubles alimentaires : le désespoir a un nom, il est justifié, il pourra être soigné... Mais on passe à côté de l'essentiel : derrière le symptôme, il y a cette jeune fille affamée de reconnaissance, passionnée, débordante de vie, mais ne sachant comment vivre.
J'ai toujours recherché de la reconnaissance autre que pour mes bons résultats scolaires et mes différents talents. Attention, je ne me vante pas, je dis seulement ce que je pense. Je veux vivre plein d'expériences, mais j'ai peur de me tromper, et ainsi, je m'empêche de faire quoi que ce soit. Je veux profiter au maximum de la vie, mais je ne sais pas pour où commencer...

2° Se construire une armure
Lorsque les troubles alimentaires surviennent, le corps devient une armure, un rempart, une protection vitale pour tenir à l'écart de l'esprit le monde extérieur. A l'adolescence, l'équilibre précaire dans lequel l'enfant doué non reconnu avait pu évoluer jusque là vient souvent à se rompre : l'image qu'on lui renvoie d'elle ne lui convient plus... Entre banalité et conformisme, les malentendus deviennent trop douloureux. Désarmée et vulnérable, trop consciente de toutes les étapes à franchir pour atteindre l'âge adulte, la jeune fille se sent exposée à des dangers qu'elle ne peut maîtriser.

Son corps-muraille... Elle grossit pour renforcer sa carapace, pour se donner un peu d'épaisseur, de consistance... Elle maigrit pour atteindre l'essence de sa personnalité, pour toucher du bout des doigts cette perfection et cet absolu qui lui sont chers... Anorexique ou boulimique, l'adolescente cherche désespérément qui elle est. Son corps-identité... Différentes des autres, elle se gave ou elle se prive. Son symptôme justifie ses particularités.

Avec mon corps maigre, j'ai choqué les gens, je suis sortie du peloton, j'étais différente, on me remarquait pour autre chose que mes talents et mes aptitudes. Je cherche toujours à avoir plus, à aller plus loin, tout à coup que je trouverais la vraie moi... Mais la vraie moi ne se trouve pas grâce au poids malheureusement...

3° L'intolérable frustration
Classiquement, les crises de boulimie sont considérées comme un moyen de remplir un vide affectif, de lutter contre l'ennui et le désoeuvrement, de gérer une trop grande frustration... Comme s'il ne s'agissait que d'un caprice de petite fille gâtée !!!
J'ai moi-même cette perception de petite fille gâtée. J'ai souvent l'impression que je me plains pour rien, que je ne fais que chialer et me plaindre, que je suis une éternelle insatisfaite qui grogne contre tout. Or, c'est vraiment le contraire, je suis tellement contente d'être en vie, je ne regrette rien et je ne blâme rien... sauf tout ceux qui ne semblent pas se rendre compte de la chance qu'ils ont d'être normaux.

Comme le dit Jeanne Siaud-Fachin, « l'intolérance à la frustration correspond toujours à une fragilité émotionnelle. Ne pas pouvoir tolérer qu'un plaisir, qu'une satisfaction soit différé correspond à une impossibilité à gérer le doute et l'incertitude. » Or, chez la jeune fille boulimique, il semblerait que toutes les situations quotidiennes se transforment en épreuves insurmontables. A chaque instant, la distance entre un désir et sa satisfaction la plonge dans un abîme d'angoisse...
Je déteste voir mes désirs ne pas se réaliser, car j'ai toujours été habituée de tout réussir, tout avoir... Cela crée de la panique, comme si j'étais moins bonne maintenant, incapable de réaliser certaines de mes envies.
Entre l'envie de réaliser quelque chose et la concrétisation de ses projets, il y a un espace-temps durant lequel la pensée va se mettre en marche pour attendre... Or, chez les enfants doués, penser est un processus complexe et sans limite. L'incertitude devient dès lors trop inquiétante et pour s'en protéger et maintenir son équilibre, il faut que les choses se passent immédiatement.
De là, la raison de me jeter sur la nourriture à la moindre petite déception.

La frustration apparaît donc ici comme une peur intense de penser. En venant court-circuiter la réflexion, les crises de boulimie agissent comme un « interrupteur de pensée » : en se gavant, la jeune fille boulimique « oublie » provisoirement ses projets, ses désirs et surtout, tous les obstacles qui pourraient se mettre sur la route de leur réalisation et qu'elle ne manque pas d'évoquer. Il n'y a plus que l'acte alimentaire (ou le refus de se nourrir, dans le cas de l'anorexie) qui compte.

En effet, lors d'une crise, je ne pense qu'à manger, toutes mes pensées sont tournées vers ce désir primaire, cette pulsion.

4° Une petite fille perdue dans un corps de femme
Le refus de grandir, de devenir adulte et d'accéder à la sexualité est fréquemment invoqué pour justifier l'apparition des troubles alimentaires. Or, si la perte ou la prise de poids induisent bel et bien un aspect corporel androgyne, pourquoi considérer d'emblée que celui-ci est recherché pour fuir à tout prix ses responsabilités d'adulte et sa féminité ?
Dans mon cas, plus une peur de prendre ses responsabilités d'adulte.

De nombreuses études ont démontré que les adolescentes anorexiques ou boulimiques avaient généralement été des enfants responsable et matures, ne reculant devant aucun devoir et toujours prêtes à rendre service. Tout se passe comme si, à un moment, elles avaient cessé de croire en leur capacité d'affronter les situations de la vie de tous les jours, comme si elles avaient essayé d'être grandes, mais estimaient ne pas avoir réussi, comme si elles rêvaient de vivre pleinement leur rôle de femme, mais qu'elles craignaient d'y échouer.
Toujours eu peur de ne rien réussir dans ma vie d'adulte, depuis que je suis toute petite. Peur de se retrouver sans emploi, sans voiture, sans personne, sans argent... comme si j'étais incompétente et incapable de réussir ma vie.

Connaissant les caractéristiques de la douance (hypersensibilité, empathie, lucidité...) et les difficultés qui peuvent en découler (manque de compréhension, sentiment de non-appartenance au groupe des pairs, isolement...), on peut s'interroger sur l'influence de ces facteurs dans l'apparition des TCA. Avant de devenir anorexique ou boulimique, l'adolescente est généralement passée par une période durant laquelle elle se trouvait tiraillée entre son besoin d'autonomie et son incapacité à s'éloigner du cocon familial lié au manque d'identification possible aux autres jeunes de son âge. Durant cette période où elle aurait dû vivre différentes expériences plus ou moins fructueuses et les confronter à celles de ses pairs, cette jeune fille se sera sentie étrangère aux préoccupations des ses camarades, éloignée de leurs centres d'intérêt et de leurs façons de vivre le quotidien. Dès lors, il lui est quasi impossible de s'identifier à eux et de construire ainsi son identité propre. Aux yeux du monde extérieur, sa difficulté à assumer le passage à l'âge adulte passera pour un manque de maturité... Qui pensera à relier cette crainte à son extrême lucidité, à ses interrogations sans fin et à son perfectionnisme ?
Je ne me suis jamais sentie comme les autres jeunes de mon âge, et cela, dès la maternelle. Je me sentais de trop, à part, car j'avais des valeurs, des idéaux, des intérêts très différents et surtout, plus matures.

5° Echapper aux réponses toutes faites
A l'abri dans leur armure de graisse ou derrière leur apparence d'extrême fragilité, les jeunes filles douées souffrant de troubles alimentaires continuent à rechercher désespérément la reconnaissance et la compréhension de leur entourage. La plupart du temps, elles ne trouvent malheureusement que quelques solutions toutes faites en guise de réponse. Elles finissent bien souvent par se perdre sous l'afflux des symptômes et des hypothèses qu'on leur offre pour justifier leur malaise. Seul un dialogue attentif avec une personne sensibilisée à la douance et capable de pressentir en elles la force des passions qui les animent pourra les aider à déployer leurs ailes et à atteindre l'épanouissement
.
Je crois que le fait d'être douée met un gros stress sur nos épaules. Si on échoue, c'est tout notre monde qui s'écroule. Et comme nous passons notre temps à réfléchir, on se perd dans nos raisonnements, notre logique et tout à coup, tout perd son sens et nous nous mettons à avoir un comportement irrationnel pour tenter de retrouver un certain équilibre. La peur de tout se met de la partie, nous ne savons plus comment vivre et qui nous sommes vraiment. Les petites machines parfaites que nous sommes ont perdu l'essentiel : la confiance en soi et l'épanouissement personnel.

Des fois, je préférerais être bête et conne. Au moins, je me casserais moins la tête...

19:50 Écrit par RubbaDucky dans Calor-obsession | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |