20/03/2008

Je respire...

Février 2008
Inspire. Expire. Répétez au besoin. 

Mon corps s'allège.
Mon esprit aussi.
Plus les kilos s'envolent, plus je ressens une certaine sérénité.
Et en même temps... la peur se glisse tout doucement sous ma peau. Peur de grossir, peur de reprendre ne serait-ce que quelques grammes.

Si on me demandait ce que j'aimerais le plus au monde, ce serait l'équilibre. Une stabilité mentale et psychologique. Ma tête et mon corps sont fatigués se toujours réfléchir, toujours combattre. Chaque jour est un combat contre moi-même. Pas étonnant que je me lève la nuit pour manger. Je suis exténuée, au point de m'endormir en 5 secondes n'importe où. Trajet de métro ? Dodo assuré. Une pause publicitaire pendant un film ? Dodo assuré.

Je suis maintenant à 111lbs (50,4kg). Je veux plus. Je suis si près de mon but. Si près, que j'ai peur de tout foutre en l'air. Alors chaque jour, la Peur me tenaille, surveillant de près ce que je mange, ce que je fais, assurant que je cours bien mes 40 minutes par jour, que je ne relâche rien de ma routine quotidienne. J'ai l'impression que si je déroge ne serait-ce qu'une journée, je serai une baleine le lendemain.

J'ai tellement envie de me reposer. D'arrêter de tout calculer et d'enfin manger à ma faim ce qui me fait envie réellement. Et je le pourrais parfaitement. Mais la Peur... cette deuxième peau, cette ombre qui me guette toujours. Ne lâche pas prise, encore un peu d'efforts et tu seras à ton but... Et si, et si je décidais de ne pas atteindre mon but? Et si je décidais d'enfin vivre vraiment? Mais je peux encore. Je veux encore. Plus, toujours plus. Repousser les limites de mon corps, qui me le fait bien sentir depuis quelques jours.

Jamais je ne suis descendue aussi bas depuis mon anorexie. Jamais je n'ai maintenu ce poids. Et dans ma tête, le bonheur se situe à 105 lbs. 105 et je pourrai lâcher prise. C'est le plan de match. Tout est toujours bien planifié avec moi. Miss Horaire, miss Organisation; je compte les décimales, les point-quelque-chose, les minutes, les secondes, les calories...

Ne vous méprenez pas. Je ne suis pas "anorexique", pas comme je l'ai été il y a 9 ans. Juste bien décidée à perdre du poids. Je ne peux plus passer des jours sans manger. Je mange, souvent le nombre essentiel de calories qu'une jeune femme active de mon âge doit manger. Je déteste frapper le 2000 par jour, mais mon corps est plus fort que ma volonté quelques fois. Je m'entraîne toutefois beaucoup. La semaine, je perds entre 2 et 5 lbs... pour ensuite tout reprendre durant le week-end, complètement affamée et remplie d'envies alimentaires. Sucré, salé, mou, dur, froid, chaud, je deviens une bouche et un estomac, j'aspire tout ce qui me tombe sous la main et mon appétit est insatiable. Le prix à payer pour avoir passé la semaine à tout surveiller.

Je déteste les week-ends, sauf lorsque je sais que je suis occupée ou que j'ai en ma possession certaines petites pilules miracles. Je suis dépendante, je suis une obsessionnelle, je suis une âme à la recherche de quelque chose qui n'existe pas. Remplissez-moi, nourrissez-moi, droguez-moi, je ne veux plus rien sentir, plus rien goûter, plus rien voir. Je suis blasée de cette société, de cette vie qui me semble insipide parfois. Je veux vivre dans mon nuage. Nuage velouté à la vanille, yeux brillants et tête bouillonnante. Laissez-moi m'exprimer. Laissez-moi être moi-même, laissez-moi mes rêves, mon monde imaginaire, mes petites lubies.

Je suis comme je suis parce que je n'ai jamais appris à m'exprimer et à exprimer qui je suis. Je ne suis personne, je ne suis rien. Je suis moi, mais qui est cette moi? Comment pourrais-je me décrire? Je ne sais même pas me regarder comme il se doit. Je ne parviens même pas à ouvrir les yeux et voir. Je suis aveugle.

Fêlée aussi, mais consciente.

20:08 Écrit par RubbaDucky dans Tranche de mie | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |