18/10/2006

 

Yawn
Ou comment s'injecter de la caféine dans les veines

cycle des TCA
C'est drôle Miss Courriel que tu me parles du cycle infernal de restriction-crise.
J'en parlais justement avec Monsieur hier soir au souper.
On mangeait du spaghetti et j'avais acheté un gros pain belge. Je lui dis que c'est cool, il va nous en rester demain... et lui de me lancer, ironique (mais gentimment), que c'est pas sûr, que probablement demain matin, il n'en resterait plus car j'allais lui faire une visite nocturne.
Drôle. Bin drôle.
Je lui jette alors que je ne crise jamais la semaine. Que je me restreins. Et que c'est en gros là mon problème.
Je me prive la semaine, mange à peine plus de 1200 calories pour perdre le poids accumulé lors des crises du week-end... et cela me fait recriser la fin de semaine.
Je le sais.
Toutes les TCAiennes le savent.
Sauf que p*tain, comment on fait pour sortir de ce cercle vicieux ??

Tellement peur de manger raisonnablement la semaine ce qui me fait envie et de ne rien perdre. De prendre du poids même. Et si je crisais quand même le week-end venu ? Je vais me mettre à enfler indéfiniment ? Non merci. J'ai déjà été grosse une fois dans ma vie, mais réellement grosse, pas juste une impression et pas envie de retourner là, de refaire tout ce long chemin. Merde, ça m'a pris 1 an perdre tout ce poids, j'ai pas envie de recommencer. Ma vie c'est pas faire le yo-yo. Si seulement je... j'hésite ce que je veux écrire ici. Si seulement quoi ? Je pouvais m'accepter un jour à un tel poids, me satisfaire de mon image ? En fait, c'est pas une question de poids, mais une question d'estime de soi.
Est-ce qu'on en vend en paquet de 10 de ce truc-là ?

...

ossature forte
Hier, je m'amusais à faire des tests sur internet en attendant que le CMS dégèle.
Des tests de poids idéal, de taux de masse grasse. Bref, les trucs cons que les TCAiennes font dans leur temps libre. Et c'est pas comme si c'était la première fois, mais lire que je suis normale, pas grosse, dans la moyenne, me réconforte.
J'entoure mon poignet avec l'index et le pouce. Mes doigts ne se touchent pas, loin de là. Pourtant, j'ai des mini-poignets, tout fragiles et osseux. Verdict : ossature forte.
Donc, selon un test, mon poids idéal est de 118 à 121. J'ai mon poids idéal. Cool.
Et re-donc, si je descends en dessous de 118, je suis mince. Quel raisonnement ! Comme si ce test était la vérité absolue. Alors que chacun est unique et f*ck le poids ou X facteur...
Je le sais, tout le monde le sait, mais pourquoi je m'attache à cela ?
Mon taux de masse grasse, selon mon poids et ma mesure à la taille, un joli 18%. Lean que ça disait. Je suis lean, sur le bord d'être very lean. Ah ouais ? Pfff, je me relis et je me décourage de penser à ces trucs-là.

la peau et les os, 17 ans après
C'est un film qui sort le 3 novembre ici au Québec. J'ai pratiquement pleuré en voyant la bande-annonce, sensible que je suis. J'en parlais avec ma mère lundi matin, suite à ma gigantesque crise. Je me sentais mal, besoin de parler, de me vider le coeur sur ce que je suis, ce que je fais. Ce qui me passe par la tête.

En gros, je me punis. Pour tout et rien.
Parce que je suis déçue, parce que je n'ai pas réussi à reperdre tout le poids pris au cours du week-end passé, parce que je me sens pas jolie, parce que je veux être aimée, parce que j'ai des désirs inassouvis que je ne peux même pas exprimer. Je me punis en mangeant comme une grosse truie, tiens prends ça, sale conne, tu sais pas te discipliner. Prends du poids, tu vas être triste demain, ça va te motiver à perdre encore plus. Mange, mange jusqu'à ce que tu éclates. Tu vas bien finir par te tanner de tout ça et mettre une fin. Tu veux manger ? Mange jusqu'à l'écoeurement. Donne-toi mal au coeur. Souffre un peu, sale égoïste qui ne pense qu'à soi, à son petit bonheur et à son petit nombril. Bla bla bla, mon pois, j'suis grosse ! Ta gueule, tu n'es pas grosse, tu te plains pour rien, tu es SUPERFICIELLE, INSATISFAITE et ÉGOCENTRIQUE. Tu ne seras plus mince et jolie, tu vas devenir moche et grosse. Là au moins tu te plaindras pour quelque chose.

Oui... ça me passe par la tête tout ça.
Des fois, j'ai envie de mettre fin à tout ça. Mais vraiment. Disparaître, dormir, peu importe la façon, mais ne plus me faire souffrir. Je suis ma pire ennemie et je dois cohabiter 24h sur 24 avec elle. Une méchante moi qui me dit que je suis nulle, poche, incompétente et pas si brillante que tout le monde le dit. Que ce sont des menteurs, des hypocrites, qu'ils te protègent contre le vrai monde. Dans le vrai monde, tu n'es rien pauvre fille. Tu n'es ni merveilleuse, ni talentueuse, tu es dans la moyenne,pas plus.

Et ma fascination de la minceur.
J'aime voir les os, les toucher. J'aime passer ma main sur l'os de mes hanches, les sentir pointer sous ma peau. Pourquoi ? Je sais pas. J'aime ça, c'est tout. Il n'y a rien à comprendre. Les TCA ne sont pas une maladie logique et raisonnée. C'est tout le contraire, c'est la confusion, l'anarchie, le désordre total, physique et psychologique. Je n'aime pas la maigreur. Elle me fait peur, elle me fâche. Je l'envie. J'aurais aimé rester maigre, mais je ne l'ai pas fait parce que c'est mauvais pour moi. Je suis jalouse de ceux qui le sont, parce que ça me donne un pincement au coeur, j'étais là, moi aussi, je ne le suis plus. On m'a enlevé cette distinction, ce qui exprimait mon mal. Encore contradictoire, je préfère les femmes avec des courbes, minces, mais sexy, voluptueuses. J'aimerais être comme ça, perçue comme une femme sexy, tout en courbe et bien proprotionnée. Mais j'ai l'impression de n'être qu'un vilain canard, une pâle copie d'une femme, une imitation dérisoire. Je cherche inlassablement la star, ou la vedette, qui aurait un corps semblable au mien, question de me rassurer. Que je ne suis pas si horrible que ça, qu'il y a d'autres femmes comme moi et qui sont perçues jolies et sexy. Pourtant... je suis moi et moi seule, être unique et spécial. Mais tellement insécure dans ce grand monde hypocrite et sans pitié.

Au moins, avec Monsieur, je me sens réellement bien. Un petit oasis, qui me permet de m'échapper à moi. Pas rien à prouver, rien à me reprocher. Juste lui, lui et ses yeux qui brillent, lui et ses lèvres qui m'embrassent, lui et ses bras qui me consolent. Un torse de Monsieur, et son odeur, c'est le plus cadeau de ma vie, le plus confortable.

15:09 Écrit par RubbaDucky dans Calor-obsession | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

touchant ce que tu écris est tellement réaliste et vrai...c'est touchant!
Je te comprends si bien...
Prends soin de toi!

Écrit par : louise | 18/10/2006

Je crois en te lisant que j'ai moi aussi un problème d'alimentation... :(

Écrit par : Marc | 18/10/2006

Meme fasination de la minceur et depuis tjr. J ai tjr envie mes copines plus minces donc on voyait les cotes...

Écrit par : E. | 18/10/2006

Bonjour,

Et bien voilà j'ai fait connaissance avec toi hier (vive le virtuel n'est-ce pas?) et je trouve ça plus correct de me présenter car primo tu m'es très sympathique, deuxio je vais certainement te lire régulièrement et tertio je me sentirais vraiment voyeuriste si je ne le faisais pas. En bref, j'ai 26 ans, suis boulimique depuis 10 ans voire 11 maintenant, j'habite Bruxelles et comme toi je fais de la danse(contemporaine en ce qui me concerne). Bon c'est un peu light comme présentation mais c'est déjà ça. Je voulais te dire qu'à travers tes écrits on sent que tu es une personne marrante, mutine et naturelle. J'ai aussi l'impression que tu as beaucoup de ressources mentales pour affronter les coups durs: tu ne restes jamais bien longtemps dans des phases down et tu remontes vite la pente. Tu fais preuve d'optimisme et tu ne ressasses pas inutilement. J'ai remarqué que tu voyais "plus loin". Bravo en tout cas! Crois-moi si je te dis que tout ce que tu écris ou presque me va droit au coeur car c'est précisément ce que je ressens. Je ne suis pas la première à écrire ce genre de commentaire, à croire qu'on passe toutes par les mêmes manies et par la même palette d'émotions.
Je te souhaite une bonne fin de semaine, un très bon w-e et une bonne dose de motivation pour terrasser les crises.

NB: sinon j'ai découvert avec amusement les expressions québecoises et toutes ces sucreries inconnues au bataillon dans nos supermarchés européens. Et puis il va falloir m'expliquer ce qu'est un pain belge parce que là ça m'intrigue vraiment ;-)

Écrit par : I. | 19/10/2006

Je crois que... ...je suis comme toi ! Je ressens exactement les memes choses que toi ! Cette envie de maigrir et la peur de tout gacher en bouffant comme une truie quand j'ai rien à faire !
C'est un cercle vicieux c'est sûre ...Que faire ...des fois je me dis que si je me fesais vomir ça résoudrait le problème mais quand je vois les posts de certaines filles je me dis que non, c'est pas une bonne idée !
Au secour aidez-nous !
SATANE BOUFFE !

Écrit par : desperate girl | 19/10/2006

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