06/06/2006

Incompréhension des TCA

Article très intéressant
Tiré du blog de TCAecatera.
Merci beaucoup pour cet article, je me reconnais tellement à travers chacun de ces points... :|


Parce que nous sommes considérées comme de petites filles modèles, des personnes parfaites, nous devons trouver une façon d'exprimer ce qui se passe à l'intérieur. Voici donc un petit article sur la douance et les TCA... Peut-être les gens "normaux" comprendront-ils un peu plus pourquoi je suis ainsi et pourquoi je réagis ainsi avec la nourriture et mon poids. J'ai ajouté certains commentaires en rose italique.


Douance et troubles alimentaires
Anorexie et boulimie, tendance à l'intellectualisation, perfectionnisme, incapacité de reconnaître ses émotions, refus de grandir... Clichés typiques, largement répandus dans le domaine médical, cette vision classique des troubles du comportement alimentaire (TCA) détermine à l'heure actuelle l'orientation du suivi thérapeutique des jeunes filles qui en souffrent...

Malgré le taux d'échec important des traitements psychologiques existants, les médecins et psychologues semblent persister dans la voie prise depuis de nombreuses années sans penser à envisager la question sous un autre angle... Et si certaines jeunes filles douées « utilisaient » les troubles alimentaires pour répondre à leurs besoins non reconnus (sécurité, reconnaissance, passion, perfection, limites, frustration...) ? Et si elles s'étaient tout simplement fait piéger sur le chemin de leur quête d'identité par ces maladies complexes qui les éloignent un peu plus de leur être véritable ?

1° Affamée de reconnaissance
D'une adolescente anorexique ou boulimique, on dira qu'elle refuse son corps, qu'elle n'accepte pas les changements liés à la puberté, qu'elle a un problème affectif... Elle est en conflit, elle ne s'aime pas ; normal, c'est la crise d'adolescence ! On lui renvoie d'elle une image qui ne lui correspond pas, on l'enferme dans les stéréotypes d'une maladie que même les médecins ont encore du mal à comprendre aujourd'hui... Troubles alimentaires : le désespoir a un nom, il est justifié, il pourra être soigné... Mais on passe à côté de l'essentiel : derrière le symptôme, il y a cette jeune fille affamée de reconnaissance, passionnée, débordante de vie, mais ne sachant comment vivre.
J'ai toujours recherché de la reconnaissance autre que pour mes bons résultats scolaires et mes différents talents. Attention, je ne me vante pas, je dis seulement ce que je pense. Je veux vivre plein d'expériences, mais j'ai peur de me tromper, et ainsi, je m'empêche de faire quoi que ce soit. Je veux profiter au maximum de la vie, mais je ne sais pas pour où commencer...

2° Se construire une armure
Lorsque les troubles alimentaires surviennent, le corps devient une armure, un rempart, une protection vitale pour tenir à l'écart de l'esprit le monde extérieur. A l'adolescence, l'équilibre précaire dans lequel l'enfant doué non reconnu avait pu évoluer jusque là vient souvent à se rompre : l'image qu'on lui renvoie d'elle ne lui convient plus... Entre banalité et conformisme, les malentendus deviennent trop douloureux. Désarmée et vulnérable, trop consciente de toutes les étapes à franchir pour atteindre l'âge adulte, la jeune fille se sent exposée à des dangers qu'elle ne peut maîtriser.

Son corps-muraille... Elle grossit pour renforcer sa carapace, pour se donner un peu d'épaisseur, de consistance... Elle maigrit pour atteindre l'essence de sa personnalité, pour toucher du bout des doigts cette perfection et cet absolu qui lui sont chers... Anorexique ou boulimique, l'adolescente cherche désespérément qui elle est. Son corps-identité... Différentes des autres, elle se gave ou elle se prive. Son symptôme justifie ses particularités.

Avec mon corps maigre, j'ai choqué les gens, je suis sortie du peloton, j'étais différente, on me remarquait pour autre chose que mes talents et mes aptitudes. Je cherche toujours à avoir plus, à aller plus loin, tout à coup que je trouverais la vraie moi... Mais la vraie moi ne se trouve pas grâce au poids malheureusement...

3° L'intolérable frustration
Classiquement, les crises de boulimie sont considérées comme un moyen de remplir un vide affectif, de lutter contre l'ennui et le désoeuvrement, de gérer une trop grande frustration... Comme s'il ne s'agissait que d'un caprice de petite fille gâtée !!!
J'ai moi-même cette perception de petite fille gâtée. J'ai souvent l'impression que je me plains pour rien, que je ne fais que chialer et me plaindre, que je suis une éternelle insatisfaite qui grogne contre tout. Or, c'est vraiment le contraire, je suis tellement contente d'être en vie, je ne regrette rien et je ne blâme rien... sauf tout ceux qui ne semblent pas se rendre compte de la chance qu'ils ont d'être normaux.

Comme le dit Jeanne Siaud-Fachin, « l'intolérance à la frustration correspond toujours à une fragilité émotionnelle. Ne pas pouvoir tolérer qu'un plaisir, qu'une satisfaction soit différé correspond à une impossibilité à gérer le doute et l'incertitude. » Or, chez la jeune fille boulimique, il semblerait que toutes les situations quotidiennes se transforment en épreuves insurmontables. A chaque instant, la distance entre un désir et sa satisfaction la plonge dans un abîme d'angoisse...
Je déteste voir mes désirs ne pas se réaliser, car j'ai toujours été habituée de tout réussir, tout avoir... Cela crée de la panique, comme si j'étais moins bonne maintenant, incapable de réaliser certaines de mes envies.
Entre l'envie de réaliser quelque chose et la concrétisation de ses projets, il y a un espace-temps durant lequel la pensée va se mettre en marche pour attendre... Or, chez les enfants doués, penser est un processus complexe et sans limite. L'incertitude devient dès lors trop inquiétante et pour s'en protéger et maintenir son équilibre, il faut que les choses se passent immédiatement.
De là, la raison de me jeter sur la nourriture à la moindre petite déception.

La frustration apparaît donc ici comme une peur intense de penser. En venant court-circuiter la réflexion, les crises de boulimie agissent comme un « interrupteur de pensée » : en se gavant, la jeune fille boulimique « oublie » provisoirement ses projets, ses désirs et surtout, tous les obstacles qui pourraient se mettre sur la route de leur réalisation et qu'elle ne manque pas d'évoquer. Il n'y a plus que l'acte alimentaire (ou le refus de se nourrir, dans le cas de l'anorexie) qui compte.

En effet, lors d'une crise, je ne pense qu'à manger, toutes mes pensées sont tournées vers ce désir primaire, cette pulsion.

4° Une petite fille perdue dans un corps de femme
Le refus de grandir, de devenir adulte et d'accéder à la sexualité est fréquemment invoqué pour justifier l'apparition des troubles alimentaires. Or, si la perte ou la prise de poids induisent bel et bien un aspect corporel androgyne, pourquoi considérer d'emblée que celui-ci est recherché pour fuir à tout prix ses responsabilités d'adulte et sa féminité ?
Dans mon cas, plus une peur de prendre ses responsabilités d'adulte.

De nombreuses études ont démontré que les adolescentes anorexiques ou boulimiques avaient généralement été des enfants responsable et matures, ne reculant devant aucun devoir et toujours prêtes à rendre service. Tout se passe comme si, à un moment, elles avaient cessé de croire en leur capacité d'affronter les situations de la vie de tous les jours, comme si elles avaient essayé d'être grandes, mais estimaient ne pas avoir réussi, comme si elles rêvaient de vivre pleinement leur rôle de femme, mais qu'elles craignaient d'y échouer.
Toujours eu peur de ne rien réussir dans ma vie d'adulte, depuis que je suis toute petite. Peur de se retrouver sans emploi, sans voiture, sans personne, sans argent... comme si j'étais incompétente et incapable de réussir ma vie.

Connaissant les caractéristiques de la douance (hypersensibilité, empathie, lucidité...) et les difficultés qui peuvent en découler (manque de compréhension, sentiment de non-appartenance au groupe des pairs, isolement...), on peut s'interroger sur l'influence de ces facteurs dans l'apparition des TCA. Avant de devenir anorexique ou boulimique, l'adolescente est généralement passée par une période durant laquelle elle se trouvait tiraillée entre son besoin d'autonomie et son incapacité à s'éloigner du cocon familial lié au manque d'identification possible aux autres jeunes de son âge. Durant cette période où elle aurait dû vivre différentes expériences plus ou moins fructueuses et les confronter à celles de ses pairs, cette jeune fille se sera sentie étrangère aux préoccupations des ses camarades, éloignée de leurs centres d'intérêt et de leurs façons de vivre le quotidien. Dès lors, il lui est quasi impossible de s'identifier à eux et de construire ainsi son identité propre. Aux yeux du monde extérieur, sa difficulté à assumer le passage à l'âge adulte passera pour un manque de maturité... Qui pensera à relier cette crainte à son extrême lucidité, à ses interrogations sans fin et à son perfectionnisme ?
Je ne me suis jamais sentie comme les autres jeunes de mon âge, et cela, dès la maternelle. Je me sentais de trop, à part, car j'avais des valeurs, des idéaux, des intérêts très différents et surtout, plus matures.

5° Echapper aux réponses toutes faites
A l'abri dans leur armure de graisse ou derrière leur apparence d'extrême fragilité, les jeunes filles douées souffrant de troubles alimentaires continuent à rechercher désespérément la reconnaissance et la compréhension de leur entourage. La plupart du temps, elles ne trouvent malheureusement que quelques solutions toutes faites en guise de réponse. Elles finissent bien souvent par se perdre sous l'afflux des symptômes et des hypothèses qu'on leur offre pour justifier leur malaise. Seul un dialogue attentif avec une personne sensibilisée à la douance et capable de pressentir en elles la force des passions qui les animent pourra les aider à déployer leurs ailes et à atteindre l'épanouissement
.
Je crois que le fait d'être douée met un gros stress sur nos épaules. Si on échoue, c'est tout notre monde qui s'écroule. Et comme nous passons notre temps à réfléchir, on se perd dans nos raisonnements, notre logique et tout à coup, tout perd son sens et nous nous mettons à avoir un comportement irrationnel pour tenter de retrouver un certain équilibre. La peur de tout se met de la partie, nous ne savons plus comment vivre et qui nous sommes vraiment. Les petites machines parfaites que nous sommes ont perdu l'essentiel : la confiance en soi et l'épanouissement personnel.

Des fois, je préférerais être bête et conne. Au moins, je me casserais moins la tête...

19:50 Écrit par RubbaDucky dans Calor-obsession | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

oui moi aussi je me reconnais la dedans !

gros bisous

Écrit par : mélanie | 07/06/2006

accompagnement spécifique des hauts potentiels, surdoués et personnes atypiques ainsi que leurs famille J'ai créé Zébritudes pour les jeunes qui sont comme toi, pour les aider à sortir de cet isolement. Bravo pour ton blog!

Écrit par : zébritudes | 04/11/2007

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