23/05/2006

Retour au travail

Mardi matin. Je me suis fait réveillée par des câlins de Monsieur. :)
Ça part la journée d'une belle façon, ça me met de bonne humeur (moi qui est toujours d'une humeur massacrante le matin).

Petite routine. Brossage de dents en règle. Pourquoi est-ce que le matin on a si mauvaise haleine ? Comme dirait mon chum : ça sent l'mort !!
Café. Enfin, restant de la veille réchauffé, je suis trop paresseuse pour en faire couler du frais. Comme monsieur est déjà debout, je laisse tomber l'étape Balance et je commence ma toilette matinale. Tant pis, de toutes façons, hier, j'ai été très raisonnable côté bouffe (1300 cal) et j'ai même su résister à mon menoum nocturne. Je m'en suis tirée avec un pain hot-dog engouffré en toute vitesse, ce qui n'est pas très dommageable. À défaut d'avoir du vrai pain en tranches, je me rabats sur ce qui se rapproche le plus. Eurk.

Sinon, j'ai envie de parler de mes manies alimentaires que j'avais et celles que j'ai encore. Parce que c'est hallucinant. Et un peu freakant ;)

Je crois que mes pires manies se sont manifestées avec Ana.

Je découpais en petits morceaux, voir en morceaux microscopiques tout ce que je mangeais. Pour que ça dure plus longtemps. Quand vous ne vous permettez qu'une pomme ou un biscuit pour la journée, croyez-moi, vous l'étirez le plus que vous pouvez. 
J'aimais beaucoup manger avec mes doigts aussi, même si ce n'est pas nécessairement une manie directement liée avec les TCA.
Je cachais de la bouffe que je ne mangeais jamais. Par sécurité d'avoir quelque chose qui me plait au cas où je déciderais de remanger. Et un peu comme défi de résister à cette bouffe. J'avais une boite remplie de tablettes de chocolat cachée dans mon garde-robe. La honte quand ma mère m'a annoncé qu'elle l'avait trouvée...
J'étais toujours en mouvement. Je sautillais sur place, ma jambe se balançait si j'étais assise et je contractais constamment les muscles de mes cuisses pour brûler le max de calories. J'étais très épuisée à la fin d'une journée. Je me trouvais plein d'excuses pour monter et descendre les escaliers à l'école ou à la maison. À l'école, je faisais exprès d'oublier des trucs dans ma case pour pouvoir remonter les escaliers une fois de plus.
J'adoptais des aliments. Ils devenaient à moi et personne ne devait y toucher sous peine de souffrir de ma colère. Je les mettais habituellement au fond du frigidaire ou de l'armoire pour que personne n'y touche ou les voit. Et même s'il n'en restait que 2, je devais refaire le plein. Ici, je me sens un peu mal, parce que c'est une habitude qui reste encore un peu...
Je refaisais tous les jours les mêmes choses. Dans ma tête, si je ne prenais pas de poids une journée, la suivante, je devais répéter tout ce que j'avais fait la veille pour brûler le même nombre de calories. Malade...
Je détestais manger devant les autres. Je faisais ainsi preuve de faiblesse, je devenais comme les autres. Et pas question de ressembler aux autres, que je jugeais faibles, sales, bref, inférieurs.
Je buvais beaucoup d'eau. Pour étouffer la faim évidemment. J'avais toujours ma bouteille d'eau à portée de main et je pouvais en boire au moins 3L par jour.
J'avais peur d'ingérer des calories si j'avais du gras sur les mains ou si j'embrassais mon copain alors qu'il venait de manger. C'était rendu assez grave, mais cette peur n'a pas duré longtemps.
Je prenais mes mensurations je-ne-sais-combien de fois par jour. Je les comparais à celles des grandes vedettes et n'étais jamais satisfaite du résultat, même si je ne pesais que 80 lbs.
Pendant longtemps, je me suis donnée des coups dans le ventre. Je sentais une bosse et j'appuyais très fort dessus pour qu'elle disparaisse. C'était mon ventre, pas de la graisse, mais je me suis fait très mal en me donnant des coups ainsi.
J'avais mes ustensiles fétiches. Petite cuillère, petite fourchette, petit bol pour mes céréales. Toujours manger dans le même ordre. Toujours en laisser un peu dans mon assiette, sinon j'avais l'impression d'avoir trop mangé.
Je devais toujours manger moins que les autres. Si quelqu'un sautait un repas, je devenais enragée, parce que pour moi, cette personne allait maigrir et pas moi. Grosse compétition contre tout le monde. Une grosse compétition que seule moi participait. J'aimais bien faire à manger aux autres, en bourrant leur nourriture de gras, de sucre plus que nécessaire. J'étais toujours dans la cuisine, à fouiller dans les armoires, à cuisiner, alors que je n'en mangeais jamais.
J'errais dans les épiceries pendant des heures, à lire les étiquettes, à mémoriser le nb de calories. Je m'étais fait un cahier où je gardais toutes les infos sur comment maigrir, des trucs pour perdre du poids, des infos sur les calories, des recettes faibles en gras, etc. J,ai tout jeté aux poubelles lorsque je suis déménagée, ne voulant pas trainer de vieux démons avec moi...
Je volais dans les épiceries, les pharmacies et la cafétéria de l'école pour avoir de la bouffe gratuite (que je ne mangeais pas) et surtout, du Coke diete au citron gratuit :P
Je mangeais des sachets d'aspartame intégralement, sans rien d'autres, lorsque je me sentais trop faible. Un petit boost pour 0 cal, moi ça me paraissait la plus belle chose au monde.

Avec l'hyperphagie, j'ai développé d'autres manies.
Je cachais de la bouffe le soir avant de me coucher afin de pouvoir me gaver la nuit sans devoir me lever.
Je mâchais et je recrachais la nourriture quelques fois pour satisfaire mes pulsions. J'évitais ainsi d'absorber les calories, mais ça me donnait un mal de mâchoires incroyable. Et ça me donnait une rage de bouffer pour vrai, parce que ne pas avaler les aliments ne satisfaisait pas mes crises. Ce qui signalait la fin d'une crise, c'était l'estomac lourd et plein.
Je fouillais dans les poubelles pour trouver de quoi à manger. Comprendre ici poubelle de chambre, donc pas plein de cochonneries, mais oui, je fouillais pour trouver un restant de bagel ou de tablette de chocolat qui aurait pu se retrouver dans ma poubelle lors d'une crise précédente. Je mangeais aussi de la bouffe expirée, des trucs congelés (hum... pâte à biscuit congelée...), bref, il y avait rien à mon épreuve et j'ai souvent payé pour le lendemain avec un mal de ventre insoutenable.

Pour le monent, ce sont les manies qui me viennent en tête. J'ai passé par-dessus beaucoup de ces manies, certaines restent, mais sont beaucoup moins fortes et gênent beaucoup moins ma vie sociale. Parce qu'avouez que c'est très gênant de manger devant les autres lorsqu'on est conscient que notre façon de s'alimenter est bizarre. Déjà que je me faisais remarquer parce que j'étais hyper maigre, on m'étiquetait déjà comme anorexique, pas besoin en plus de me faire dévisager par la façon dont je m'alimentais. 

C'est soulageant de ne plus être obligée de se restreindre à tous ces rituels sans sens, ça enlève un gros poids et autant avant je ne voulais pas être comme les autres, autant maintenant je suis soulagée que mon alimentation revient tranquillement à la "normale".

17:29 Écrit par RubbaDucky | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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