23/05/2006

Jouer avec les limites de son corps

Un autre article sur mes TCA.
Parce que ça fait du bien de l'écrire et de coucher sur papier (enfin, un papier virtuel) ma vie, comme si je transférais ce que j'ai en tête ailleurs pour faire de la place, pour laisser entrer des nouvelles informations et ainsi, me vider des TCA. Une désintoxication en quelque sorte :)

Peu après le début de mon anorexie, des changements physiques sont apparus. À part la maigreur évidemment. J'ai commencé à trainer mon corps. Je ne marchais pas, je laissais trainer mes pieds sur le sol, comme si je pesais 8x mon poids. Puis, mes cheveux se sont mis à tomber. Je les perdais déjà avant, mais ils étaient devenus cassants, secs, pas moyen de les placer. Un drôle de petit duvet a recouvert également mon corps. J'avais du poids dans le dos, sur les bras. Je ne me rappelle plus le nom de ce duvet, mais c'est une réaction normale du corps pour compenser le manque de graisse. La santé de mes dents s'est détérioriée grandement aussi en l'espace d'un été. Je me brossais les dents 4 fois par jour et malgré cela, j'ai eu 5 caries et 3 traitements de canal en 3 mois. Et la dentiste qui ose me demander si je me fais vomir, parce que l'émail de mes dents était complètement usé. Je n'ai jamais vomi, mais j'avais souvent des remontées gastriques dans l'oesophage, car je ne mangeais pas assez. Et le fait que je ne buvais plus de lait n'aidait pas.

Après une perte de plus de 20 lbs, ma peau a commencé à réagir drôlement. J'avais des plaques de peau sèche, complètement déshydratée. Cette réaction a duré 2 semaines. Je ne sais pas comment c'est arrivé, ni comment c'est parti, mais j'en avais jusque dans le visage. J'avais l'air d'un crocodile. Au lieu de voir ça comme un signal de détresse de mon corps, je me suis entêtée à continuer, mais dans la main avec Ana. Mon pouls avait considérablement descendu aussi. La moyenne est de 72 à 80 au repos; le mien : 40 au repos. Le pire, c'est que j'en étais fière. Je le recomptais 20x par jour, pour m'assurer que oui, j'étais bien mal en point. Ça me remplissait de joie de voir que mon corps était en train de lâcher prise. J'allais pouvoir avoir de l'attention, je faisais pitié. J'étais malade pour vrai. Bizarre comme réaction, mais lorsqu'on a des TCA, toute logique disparait.

Je surveillais aussi les paumes de mes mains. J'appuyais fort, et je regardais à quel point c'était long avant que mes mains redeviennent rouges. Grosse jouissance si ça prenait plus de 20 secondes. En fait, c'est le temps que cela prenait à mon coeur pour pomper du sang jusqu'aux extrémités de mes doigts. Et comme il était faible, ça lui prenait du temps. Encore une confirmation de mon état squelettique. Ma pression était très basse aussi, ce qui faisait que la nuit, je me réveillais en sueur, complètement trempée comme si j'avais couru le 20 km. Je voyais des étoiles si je me levais trop vite, j'avais très froid lorsque je finissais de manger. J'aimais aussi vérifier l'état du creux de mon pouce et de mes clavicules. Ah oui, et le best : l'os de la cage thoracique qui pointait, juste entre les deux seins. J'adorais passer mon doigt dessus et sentir à quel point il ressortait de mon corps. Morbide...

En écrivant tout ceci, je me souviens que j'adorais tester et retester tous ces points pour m'assurer que je n'avais pas grossi, que je n'allais pas mieux. J'entretenais un amour profond pour ces signes d'anorexie et je dois avouer que j'ai mal pris la disparition de mes creux. Je venais de perdre une partie de moi, de ce qui me rendait particulière. Mais aujourd'hui, je ne m'ennuie pas du tout de ces creux. :)

19:42 Écrit par RubbaDucky | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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