14/05/2006

Je suis un monstre

Hier, en écoutant Ocean Twelve, j'ai été prise de remords, d'une honte jamais ressentie jusque là, même lorsque je crise et que je me dégoûte.

J'ai pensé à ma petite soeur et ce que mes TCA lui avaient fait subir. Lorsque j'étais à mon pire avec Ana, je faisais manger tout le monde autour de moi. Je ne voulais pas que personne soit plus mince que moi, alors je leur offrais toujours un petit dessert bien sucré que j'avais préparé. S'ils refusaient, j'entrais dans une colère noire, frustrée de ne pouvoir les faire craquer. Avec mes parents, c'était plus difficile, étant adulte et pas facilement influençable. Mais avec ma soeur, très jeune à l'époque (10 ans) et qui ne voulait pas me blesser ou me fâcher, c'était beaucoup plus simple.

Juste d'écrire ça, ça me dégoûte de voir que j'ai profité de sa vulnérabilité. Je m'excuse, ma chouette :(

Donc, pendant mon été précédant l'hospitalisation, je lui offert crème glacée, sundae, etc... et elle a pris beaucoup de poids, alors que moi je fondais. Ironique comme situation, mais surtout honteux. Je me vengeais un peu sur elle, car je l'ai toujours enviée. J'ai toujours pensé que mon père la préférait et je l'admirais d'avoir tellement de style, de force de caractère, d'être si à l'aise avec les autres alors que moi, je me sentais grise, vide, insipide, maladroite...

Ana, je te hais, tu m'as fait faire des trucs que je regrette et qui me blessent réellement. Qui m'empêche de pouvoir me regarder dans le miroir et me dire que je suis fière de moi. Cette vision dégoûtante de moi forçant ma soeur à manger me répugne, j'aimerais effacer ma mémoire pour ne plus jamais avoir à me souvenir de ça. Parce que c'est indigne et faible comme comportement. Et moi, qui affichait mes os avec une telle fierté, une telle méprisance envers ceux plus gros. Comment peut-on devenir un monstre à ce point ?

Heureusement, à la sortie de l'hopital, ce petit jeu a cessé ou du moins diminué. Mes parents ne tolèraient plus ce genre de comportement malade et ma soeur avait appris à reconnaître les manigances d'Ana. Ana nous enseigne à être sans pitié : manipulation, chantage, menterie, vol, cachette... j'étais devenue un être squelettique qui passait son temps à mentir, aux autres et à soi.

Ma petite chouette m'a toujours supportée. Toujours épaulée. Elle était mon chien de garde, mon ange gardien, celle qui rapportait à ma mère lorsque je faisais des conneries. Quel impact cela peut-il avoir sur une jeune fille de 10 ans de voir sa grande soeur, maigre, refuser de manger, se tuer à l'exercice, avoir des manies bizarres ? :S
Je doute que cela soit bénéfique, mais ma soeur a su se montrer à la hauteur et supporter tout ça sans devenir folle. Comment fait-elle pour me dire qu'elle m'aime ? Comment fait-elle pour être si forte, si puissante ? :( Moi je sais que je trainerai toujours un mal-être immense, un gros trou noir qui aspire toute parcelle de bonheur.

Je suis un monstre, j'ai un monstre en moi.

Ce qui est le pire dans cette situation, c'est qu'elle m'envie ! Elle envie ma taille, l'attention que je reçois. Savoir que je fait chier, ça me rend malade. Parce que je mérite rien, même pas l'envie. J'aimerais revenir 10 ans derrière et corriger mes erreurs. Je l'ai empêchée d'être mince, par mon caractère exécrable et mes crises de colère pour une question de poids ou de bouffe. Je lui ai mis un poids immense sur les épaules, parce que je suis faible et incapable de me prendre en main. J'aimerais pouvoir l'aider à se sentir bien dans sa peau. Si je ne peux le faire pour moi, je le ferai au moins pour quelqu'un. Après tout, je sais comment le corps fonctionne et je sais comment jouer avec le poids. Kilos, régime, alimentation, il n'y a rien qui me soit inconnu, mais si je peux me servir de ces connaissances impures pour aider au lieu de me détruire, j'en serais que trop heureuse. ^^

J'ai été grosse. J'ai pesé 170 lbs pour mon minable 1m58. C'est plus que du surpoids ça. Et je me sentais mal dans ma peau, autant qu'à 70 lbs. Grosse, maigre, normale... peu importe.
Mais en surpoids, je me sentais moins coupable. Parce qu'enfin, je pouvais plus faire chier personne avec mon ventre plat, parce que j'en avais tout simplement pas. J'étais "normale", avec des poignées d'amour, vivant pour la première fois la hantise des tailles plus. Je me sentais patate, et en même temps, je me voyais pas comme j'étais vraiment. Je me voyais encore à 140 lbs, je persistais à croire que certains de mes vêtements m'allaient correctement, alors qu'ils étaient beaucoup trop petits. Je pouvais échanger du linge avec ma soeur, ça c'était pratique toutefois :)

Mais il a fallu que je me prenne en main et que je perde du poids. Je n'en pouvais plus de me sentir lourde, mais je ne voulais pas retomber dans les mains d'Ana non plus. Et je me suis sentie mal dès les premiers kilos envolés. Coupable... Coupable de maigrir, j'avais l'impression de véhiculer ce message : "Être gros, c'est laid et moi je veux être mince."

C'est pas du tout ça. C'est pas le fait d'être gros qui me dégoûtait. Je n'ai rien contre les personnes qui sont rondes et bien dans leur peau. Je les admire !! Si seulement je pouvais trouver une stabilité comme elles ont, que je serais heureuse. Je préfère être grosse et heureuse, que maigre et malheureuse.

Et je remercie encore une fois ma chère pitchounette de ne jamais avoir passé de commentaires sur tout ce que je mangeais, sur mes crises, ma prise de poids, etc.

Merci, parce que tu m'as fait réalisé un truc d'importance capitale :
Peu importe ma grosseur, je reste MOI et c'est ça qui est le plus important.

Je t'aime fort, tu es la plus forte, tu mérites tout ce que tu souhaites, tu es une fille plein de talents et qui a le coeur gros comme ça.

Ta soeur sera toujours un peu jalouse de toi ;) mais jamais plus elle ne te fera du mal.
Bisous xx

00:11 Écrit par RubbaDucky dans Watch out ! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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